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Marc Delcourt veut faire décoller les avions au kérosène à base de sucre de paille – Chronique transports

todayoctobre 22, 2022

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De la paille dans l’avion. C’est le pari du Français Marc Delcourt. Troisième grand témoin de notre série consacrée au transport international, l’entrepreneur dirige Global Bioenergies. Cet automne, cette entreprise française devrait recevoir l’autorisation de vendre un nouveau kérosène. Ce biocarburant à base de sucre de paille arrive au lendemain d’un nouvel accord de l’aviation internationale pour réduire sa pollution. 

RFI : Vous dirigez Global Bioenergies, votre société qui développe un nouveau kérosène pour les avions. De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de biocarburant ?  

Marc Delcourt : Les biocarburants existent déjà. Pour les voitures essentiellement, mais aussi pour l’aviation. Ces biocarburants sont fabriqués à partir d’huiles de friture ou de déchets de plantes impropres à la consommation humaine ou animale (betterave, canne, soja…).

Quelles est la nouveauté de votre procédé ? 

Je veux d’abord préciser que les sucres des végétaux sont très compliqués à extraire et à traiter. Ce que nous proposons est un nouveau procédé d’extraction des sucres végétaux issus du bois et de la paille.

C’est-à-dire ? 

Notre filière concerne les biocarburants de seconde génération. Nous avons beaucoup travaillé avec des partenaires multiples pour y arriver.  

L’aviation civile mondiale impose des règles très strictes. Pour être vendu et utilisé, un carburant doit être testé et homologué. Global Bioenergies attend son feu vert pour bientôt ?

Oui. Et c’est bien normal dans un domaine où la sécurité des moteurs prime. Cet hiver au plus tard ! En attendant l’accord de l’Advancing Aviation Standard (ASTM), l’organisme américain chargé des homologations (Airbus, Boeing et d’autres avionneurs étrangers siègent en son sein) nous construisons une usine dans le nord de la France avec le sucrier Cristal Union. La mise en service est prévue pour 2025. 

La France est donc pionnière des carburants d’aviation durable ? 

Oui, avec le premier du marché TotalEnergies. Sur les 100 000 tonnes produites par an, la France en produit 80 000. Avec notre nouvelle usine de biocarburant, nous produirons 30 000 tonnes chaque année. 

Vous soulignez la forte demande mondiale. Quels sont les pays engagés ?

Global Bioenergies s’est lancée sur le marché en raison d’une forte motivation mondiale mais surtout européenne. Aujourd’hui, les usines existent avec une usine d’extraction de sucre de paille en Roumanie. Une autre concernant le bois est en Estonie.  

Votre produit coûtera plus cher que le kérosène actuel ?

Oui, trois à quatre fois plus cher. 

Alors quel intérêt pour les compagnies ou les pays d’acheter votre biocarburant ?

Mais la lutte contre la pollution évidemment ! L’industrie des transports est une industrie qui polluera toujours. Croire à des avions ou des voitures zéro émission de gaz carbonique est une utopie. Mais nous avons la possibilité de freiner cette pollution. Les biocarburants sont une partie de la solution avec cinq fois moins de pollution qu’un kérosène fossile. 

Que répondez-vous aux écologistes qui vous reprochent d’être trompeur sur la marchandise puisqu’un biocarburant (selon les règles internationales) est un produit composé à 50% d’industrie pétrolière, 50% du végétal.

Je ne dis pas que c’est un kérosène miracle. Il participera à l’édifice planétaire de cette lutte contre le réchauffement climatique. 

Quelle est la différence avec l’évolution d’une aviation à hydrogène ?

La facilité. À la différence de l’hydrogène qui demande encore beaucoup d’infrastructures, de recherche et de changements d’appareils, notre biocarburant est immédiatement consommable. Cette différence est majeure puisque nous n’avons plus le temps d’attendre.

Une vue bien optimiste dans un monde où chaque pays doit décider de ses teneurs en biocarburant pour son aviation…

C’est vrai. Il faudrait que tous se mettre d’accord. Voire une instance internationale capable d’imposer les teneurs en carburant plus vertueux. Le transport est une question politique.

Aujourd’hui, l’Europe et notamment la France font figure de pionniers et de modèles ?

Aujourd’hui, seules la France, la Norvège et la Suède ont de nouvelles lois. Elles obligent leur aviation civile à avoir du biocarburant dans leur moteur. Mais nous voyons des États de plus en plus intéressés. 

Vous dîtes que l’Occident a tout intérêt d’investir aujourd’hui dans les biocarburants. Pourquoi ?

C’est logique. Vous voyez bien que les usines et le pétrole, les matières premières (lithium, nickel…) pour la fabrication du transport (batteries, moteurs…) sont sur d’autres continents du monde. En Europe, avec nos ressources agricoles et forestières, nous possédons un atout.

Mais votre fibre protectrice de l’humanité vous fait imaginer une aviation future à base de tout…

Oui. Pendant des années, nous avons tablé sur le tout pétrole. En matière de transport automobile par exemple, on a ensuite cru au tout électrique et on parle du tout hydrogène. Pour les avions comme pour l’automobile, il nous faudra tout ce mélange de solutions. Je le répète, le zéro-pollution est impossible. En revanche, la réduire de 40 à 50%, ce serait déjà pas mal !

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