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Missile en Pologne: en désaccord avec l’Otan, Zelensky maintient sa version

todaynovembre 18, 2022 2

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Les trente ambassadeurs des pays de l’Otan à Bruxelles se sont réunis ce mercredi 16 novembre, en urgence, après l’explosion survenue mardi dans un village polonais frontalier de l’Ukraine, Przewodów. Ils ont entendu les premiers rapports fournis par la Pologne et c’est désormais la prudence qui domine, à l’Otan comme à Varsovie. Au grand dam de Kiev, où le président ukrainien défend toujours une autre version des faits.

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La Pologne a d’emblée calmé le jeu à l’Otan ce mercredi, comme l’avait annoncé le Premier ministre Mateusz Morawiecki la veille. Varsovie n’a pas invoqué l’article 4 du traité de l’Atlantique Nord, qui prévoit des consultations en cas de menace pour la sécurité d’un pays membre, son indépendance politique ou son intégrité territoriale.

Pour le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, il n’y pas d’indication que l’explosion, survenue mardi après-midi près de la frontière ukrainienne en Pologne, soit une attaque délibérée, et pas d’indication non plus que la Russie prépare une attaque contre l’Otan, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet.

C’est probablement un missile sol-air de la défense antiaérienne ukrainienne qui a frappé le village de Przewodów, mais « ce n’est pas la faute de l’Ukraine », qui se défend contre l’agression russe, souligne Jens Stoltenberg, pour qui l’explosion s’est produite au moment où Moscou a déclenché une vague massive de frappes.

Les Alliés ont cependant manifesté leur solidarité envers Varsovie. L’Otan veut mobiliser des armements supplémentaires de défense antiaérienne sur sa frontière orientale, et l’Allemagne propose par exemple à la Pologne le déploiement de patrouilles d’avions de combat sur ses frontières avec l’Ukraine et la Russie.

Le siège de l'Otan, photographié ce mercredi 16 novembre 2022 à Bruxelles.

 

La piste ukrainienne privilégiée

Mardi soir, l’explosion a créé la panique dans le camp occidental. Une frappe russe au sein des frontières de l’Otan aurait pu impliquer bien plus largement les membres de l’organisation politico-militaire dans le conflit en Ukraine, rappelle notre correspondant dans la capitale polonaise, Martin Chabal.

Mais pour l’instant, tout le monde semblant s’accorder sur le fait que ce serait plutôt un missile antiaérien ukrainien qui se serait égaré, en Pologne aussi, la pression est donc redescendue. Le branlebas de combat a laissé place à une situation plus calme, dans le sillage du discours du Premier ministre.

Si l’enquête sur les lieux de l’explosion est toujours en cours, la piste d’une frappe délibérée de la Russie semble s’éloigner au fil des réunions. Dès mardi soir, le gouvernement avait multiplié les réunions d’urgence pour déterminer la marche à suivre, mais était resté prudent quant à l’origine des projectiles.

Le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, s’est voulu rassurant dès la première réunion. La Pologne agit avec calme. Par précaution, Varsovie a tout de même rehaussé son niveau d’alerte et a renforcé son espace aérien, et le président polonais a également passé de longues minutes avec Joe Biden au téléphone.

Le président américain a rapidement apporté son soutien, et a envoyé une équipe d’experts pour enquêter sur place. Les membres de l’Otan, très concernés par cet incident, ont ensuite rapidement convoqué leur réunion. Mais à l’heure actuelle, ils confirment que la thèse privilégiée est celle d’un missile ukrainien.

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Zelensky veut l’accès à « toutes les données » des Occidentaux 

De son côté, Volodymyr Zelensky refuse d’adhérer à la théorie dominante. Le chef de l’État ukrainien demande des preuves et espère être associé à l’enquête d’un groupe d’enquête international sur l’incident.

Il réclame à la Pologne l’accès, pour ses experts, à « toutes les données » des Occidentaux et au site de l’explosion. « Nous voulons établir tous les faits et tous les détails, voilà pourquoi il faut que nos spécialistes puissent obtenir les données dont disposent nos partenaires », dit-il.

►Lire aussi : Explosion en Pologne : Moscou nie toute implication et salue la retenue américaine

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, en compagnie du chef d'état-major hongrois Romulusz Ruszin-Szendi, et du ministre de la Défense Kristóf Szalay-Bobrovniczky, à Budapest avec les troupes en octobre 2022.

 

Volodymyr Zelensky a martelé, ce mercredi, que le missile était « russe ». « Je n’ai aucun doute que ce missile n’était pas à nous », a-t-il déclaré à la télévision. « Je crois que c’était un missile russe, conformément au rapport des militaires » ukrainiens, a ajouté le chef de l’État, allant contre toutes les déclarations des Alliés.

Face aux explications des responsables de l’Otan, « avons-nous le droit de recevoir les preuves de nos partenaires à huis clos ? Nous n’avons rien reçu », a-t-il déploré.

La Hongrie critique Zelensky

Le gouvernement de Hongrie a réagi. « Dans une telle situation, les dirigeants mondiaux s’expriment de manière responsable », a déclaré à la presse Gergely Gulyas, chef de cabinet du Premier ministre Viktor Orbán. « Le président ukrainien, en accusant immédiatement les Russes, a eu tort, c’est un mauvais exemple », a-t-il ajouté.

« Nous avons pleinement confiance dans l’enquête menée par le gouvernement polonais sur l’explosion survenue près de la frontière avec l’Ukraine et nous saluons le professionnalisme et la rigueur avec laquelle elle est conduite », estime pour sa part Adrienne Watson, porte-parole du conseil américain de sécurité nationale.

« Cela étant dit, quelles que soient les conclusions définitives, il est clair que la Russie est, au bout du compte, responsable de cet événement tragique », aux yeux de la responsable américaine, en raison de ses frappes contre les infrastructures civiles ukrainiennes. « L’Ukraine avait, et a, le droit de se défendre », précise-t-elle.

Après les réunions du conseil de sécurité polonais et du conseil de défense hongrois, et après les appels des pays baltes à une action rapide de l’Otan contre la Russie, l’heure est donc à la désescalade. Et rarement, depuis le début de la guerre en février, la position du président ukrainien n’a semblé aussi éloignée de celle de ses alliés.

Pour certains observateurs, les autorités ukrainiennes pourraient même perdre une part de leur crédibilité, avec cette communication agressive, même si pour l’heure, les plus proches soutiens de l’Ukraine n’ont fait part d’un quelconque agacement, rappelant, comme on l’a vu, le droit de ce pays à se défendre face à l’agression russe.

►À lire aussi : Ukraine : des millions de foyers privés d’électricité après des frappes russes

 

Entre les États-Unis et Volodymyr Zelensky, quelques nuances

Le président ukrainien a donc pris le contrepied de ses partenaires occidentaux, et notamment américains, ce mercredi. Et ce n’est pas la première fois que des divergences apparaissent, fait remarquer notre correspondant à Washington, Guillaume Naudin.

Si le ministre américain de la Défense, Lloyd Austin, ne se gêne pas pour contredire M. Zelensky, en assurant que  « nos informations confirment qu’il s’agit très probablement d’un missile de la défense antiaérienne ukrainienne », les États-Unis continuent à assurer qu’ils fourniront à l’Ukraine les moyens militaires dont elle a besoin, aussi longtemps qu’il le faudra, et ils affirment que c’est à l’Ukraine de choisir d’entamer des négociations avec Moscou.

Pour autant, la solution politique est de plus en plus souvent évoquée à Washington. Le chef d’état-major des armées, le général Mark Milley, l’a fait plusieurs fois en quelques jours, parlant d’une fenêtre d’opportunité pour des discussions après le retrait russe de Kherson. Et il a recommencé ce mercredi.

« Le président Biden et le président Zelensky lui-même ont dit qu’au bout du compte, il y aura une solution politique. Donc, s’il y a un ralentissement dans les combats du point de vue tactique, si cela arrive, cela pourrait devenir une fenêtre, ou pas, pour une solution ou au moins le début de discussions pour initier une solution politique. C’est tout ce que je disais », a-t-il déclaré.

Il y a quelques jours, selon des informations de presse, l’administration Biden avait déjà laissé entendre à l’Ukraine que pour aider à la cohésion du soutien occidental, il ne serait pas inutile que Kiev se montre davantage ouvert à la négociation avec la Russie.

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