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Reconstruire l’Ukraine: «La tentation de la standardisation à outrance est très forte»

todaydécembre 14, 2022 2

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Les sauveteurs du service d'urgence ukrainien travaillent dans un immeuble résidentiel de cinq magasins endommagé après une frappe russe à Mykolaïv, le 11 novembre 2022.

Architecte, urbaniste, Martin Duplantier préside l’association AMO (Architecture et maître d’ouvrage). Il est très attaché à l’Ukraine depuis 2014 où il enseigne dans diverses écoles d’architecture. Au lendemain de la guerre, il a constitué une équipe de professionnels français et ukrainiens (réfugiés et sur place), afin de faire l’état des lieux des destructions dues à l’offensive russe. L’objectif : penser la ville ukrainienne de demain et lever des fonds pour reconstruire le pays. Martin Duplantier répond aux questions de Sigrid Azeroual.

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RFI : Vous avez constitué une équipe d’architectes français et ukrainiens pour penser la reconstruction de l’Ukraine. Quel est l’état des lieux du chantier à réaliser ?

Martin Duplantier : Le chantier est énorme. Et en évolution quotidienne puisque, encore cette nuit (nuit du 12 au 13 décembre), les Russes ont bombardé l’oblast de Dniepr, donc on voit bien que c’est un travail gigantesque qui nous attend. On essaie de comprendre l’étendue des dégâts et évidemment avec des Ukraine différentes. Il y a des villes comme Izioum qui ont été assiégées et dont le cœur de ville historique est complètement endommagé, ou des villes, comme Lviv, qui ont très peu de dommages, si ce n’est sur les infrastructures énergétiques.

Aujourd’hui, quelle est l’urgence ? Et que peut-on concrètement réaliser alors que le pays est encore en guerre et que les destructions sont quotidiennes ?

Dans toutes les guerres majeures, que ce soit la Première ou la Deuxième Guerre mondiale, les plans de reconstruction ont toujours précédé la fin des hostilités. En 1915, on faisait déjà des plans pour reconstruire les villes belges et la France a suivi le pas l’année d’après.

Le temps de la ville, c’est le temps long, donc ça prend du temps de réfléchir, de savoir comment, comment refaire la ville sur la ville, et on ne peut pas attendre l’armistice potentiel pour y réfléchir.

Il faut toujours réfléchir à plus long terme, et notamment pour ce qui est de l’habitat et du logement. À l’est, par exemple, vous avez des villes sans plus une fenêtre qui ne tienne, donc là, on est dans l’ordre de la réparation, mais vraiment de manière très urgente pour passer l’hiver.

Se pose ensuite véritablement la question de savoir comment on reconstruit, et quelle est finalement la ville ukrainienne du XXIᵉ siècle que les Ukrainiens veulent développer.

Comment pense-t-on la reconstruction d’une ville ? Doit-on reconstruire à l’identique ou faire de nouveaux plans ?

La tentation de l’identique, de la standardisation à outrance est très forte, parce que c’est une solution de facilité. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les Soviétiques.

Dans le contexte ukrainien, il est important de penser à l’indépendance énergétique du pays, notamment par rapport à son voisin russe, et à la manière dont on peut utiliser cette tragédie, comme étant un levier de développement futur pour le pays, un levier, d’emploi, un levier d’une économie décarbonée.

Cela fait référence à une écologie, à une sobriété aussi de matériaux. À savoir comment on utilise les ressources à la fois humaines et à la fois naturelles qui sont celles de l’Ukraine, c’est-à-dire le recours à des matériaux biosourcés et au réemploi, des ruines, des bâtiments.

Un certain nombre de sociétés ouest-européennes sont capables de faire des transferts de technologie pour aider l’Ukraine à devenir un laboratoire de la ville du XXIᵉ siècle. 

Qu’en est-il du patrimoine ? Comment le reconstruit-on ?

Le patrimoine, déjà, on le protège, parce qu’il est par endroit partiellement démoli. Et ce partiellement démoli peut devenir totalement démoli, si un hiver comme celui qui est en train d’arriver, endommage des structures existantes.

Donc, la première chose à faire, c’est de mettre à l’abri, par l’installation de toitures, de couvertures temporaires, ce qui peut encore être mis à l’abri. Ensuite, on peut mettre autour de la table des expertises pointues sur la reconstruction de ce patrimoine qui peut être fait sur le modèle préexistant. On peut aussi recréer une nouvelle architecture où l’histoire est intégrée. Ce sont deux approches différentes. C’est une décision à prendre par les habitants locaux, par les décideurs locaux. Notre rôle est de les aider à prendre conscience de l’importance de leur patrimoine et du fait que l’on ne peut pas regarder le futur sans ses racines.

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