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Sergueï Sourovikine, «l’homme de fer» de l’armée russe sur le front ukrainien – Européen de la semaine

todayoctobre 24, 2022 1

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C’est lui que le Kremlin a nommé pour reprendre en main une offensive qui n’atteint pas ses objectifs. Le général Sergueï Sourovikine, vétéran de plusieurs guerres russes et soviétiques, a la réputation d’être un officier dur, implacable, sans états d’âme. À défaut d’infléchir le cours de la guerre, sa nomination aura d’ores et déjà eu un effet en Russie : apaiser les critiques du camp nationaliste et belliciste.  

« La situation dans la zone de l’opération militaire spéciale peut être qualifiée de tendue. L’ennemi n’abandonne pas ses tentatives d’attaquer nos positions. Nous agirons sans exclure de prendre les décisions les plus difficiles. » La déclaration est prononcée en uniforme, sur un ton martial et déterminé. Alors qu’il vient tout juste d’être nommé à la tête des opérations militaires russes en Ukraine, Sergueï Sourovikine est le premier responsable de l’armée à reconnaître que la situation est difficile sur le front.

Âgé de 56 ans, il a participé à plusieurs conflits : la guerre en Afghanistan, les guerres de Tchétchénie, et la campagne russe de Syrie lancée en 2015. Ses faits d’armes ont été présentés comme autant d’atouts pour diriger les opérations en Ukraine. Et c’est l’autre nouveauté de cette nomination : pour la première fois depuis le début de la guerre, le Kremlin et les médias russes mettent en avant un nom, un visage et une réputation.

« Jusqu’à présent, on avait plutôt une guerre assez anonyme au niveau de ses commandants en chef, relève Thibaut Fouillet, spécialiste des questions de défense à la Fondation pour la recherche stratégique. Et il n’est pas anodin que le commandement russe soit personnalisé au moment où la Russie est en difficulté sur le front. Ni de choisir pour cela un général qui a de l’expérience, et qui incarne la dureté, la résistance et la maîtrise opérationnelle que, par extension, les armées russes devraient avoir sous son commandement. »

Une réputation de « dur »

En août 1991, alors jeune capitaine de l’armée soviétique, Sergueï Sourovikine provoque la mort de trois manifestants pro-démocratie, durant la tentative de putsch contre Gorbatchev. Un « fait d’armes » qui lui vaudra plusieurs mois de prison, mais aussi une réputation de « dur », capable d’appliquer les ordres sans états d’âme. À cette réputation d’officier implacable se sont ajoutés les succès en Ukraine de son propre commandement. C’est lui en effet qui a dirigé les opérations dans le sud du pays, les seules qui se soient déroulées conformément aux plans. 

Pour le général Dominique Trinquand, ce changement d’homme et de style ira sans doute de pair avec un changement de stratégie. « Je pense que le général qui vient de prendre le commandement a intérêt à montrer des options stratégiques différentes au président Poutine, analyse l’ancien chef de la mission militaire française à l’ONU. Ce qui pourrait consister par exemple à installer des zones défensives dans la région de Kherson, sur la rive gauche du Dniepr. Autrement dit, il pourrait avoir obtenu du Kremlin de lâcher Kherson. Et bien sûr, de lancer une campagne aérienne, essentiellement avec des drones, pour frapper les infrastructures civiles ukrainiennes. »  

Stabiliser le front

De fait, la nomination du général Sourovikine a coïncidé avec les frappes massives sur les infrastructures électriques de l’Ukraine. Une stratégie que le nouveau commandant des forces russes en Ukraine avait déjà contribué à employer en Syrie, face aux rebelles anti Assad.

« Je pense qu’à Moscou, on croit que bombarder les civils ukrainiens va faire abandonner l’Ukraine et les Occidentaux, ce qui est fort peu probable au regard de tout ce qu’on peut observer dans les conflits contemporains, note Julien Théron, enseignant à Sciences-Po Paris. L’autre élément, c’est l’idée que le renforcement capacitaire avec la mobilisation des appelés puisse renverser le cours de la guerre. Ici aussi, c’est une tradition militaire russe de penser que la masse en homme, même mal équipés, même mal armés, même peu motivés, peut faire la différence. Et il y a plusieurs conflits qui ont montré que ce n’était pas du tout le cas. »

Pour de nombreux observateurs, l’objectif du nouveau commandant russe sur le front ukrainien sera avant tout de stabiliser le front, et d’éviter un nouvel effondrement des lignes dans le Donbass et dans le sud. Pour l’heure, la nomination de Sergueï Sourovikine aura eu un moins un effet : celui d’apaiser les critiques du camp nationaliste en Russie.« En interne, cela permet de montrer à la population que l’on ne se résigne pas », souligne Julien Théron. « Et c’est aussi un message adressé aux Siloviki, les structures de force qui tiennent le pouvoir en Russie. Il fallait à la fois redorer le blason de l’armée, tout en redonnant un peu de confiance à l’armée elle-même. »

Les partisans d’un durcissement du conflit en Ukraine, très virulents sur la conduite de la guerre, ont en tout cas salué avec enthousiasme la décision du Kremlin de le nommer à la tête des opérations.

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